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L'IVRESSE SACRÉE DE SAMAIN " Il n’y a pas de fête, de quelque nature qu’elle soit, qui ne comporte des réjouissances : « Ils avaient coutume de passer six jours à boire ensemble avant la tenue de l’assemblée royale, c’est-à-dire trois jours avant Samain et trois jours après, concluant la paix et établissant entre eux des liens d’amitié. » Il y a donc un aspect pacifique, fraternel en quelque sorte, comme si pendant le temps de Samain était établie une société idéale. C’est alors qu’apparaît le concept de « communion » qu’on retrouve évidemment dans la Toussaint chrétienne. Or la « communion » se manifeste essentiellement par le partage de la nourriture et de la boisson, exactement comme dans la Cène chrétienne – et aussi comme au cours du mystérieux rituel d’Éleusis en l’honneur de la Déesse Mère. Mais cette « communion » semble ici poussée à l’extrême, notamment par les excès de breuvages alcoolisés. L’étrange récit intitulé L’ivresse des Ulates en porte témoignage. Le roi d’Ulster, Conchobar, préside le festin de Samain dans la forteresse d’Emain Macha : « Il y eut l’hydromel des festins, cent cuves pour chaque boisson. Les officiers de la maison de Conchobar dirent que tous les nobles Ulates ne seraient pas de trop pour venir à bout de ce festin, tant sa qualité et son abondance étaient grandes. » La suite de l’histoire nous présente évidemment les Ulates complètement ivres, et comme ils doivent aller terminer la nuit dans la forteresse du héros Cûchulainn où celui-ci les a invités à festoyer, leur parcours à travers l’Irlande devient une errance ahurissante au cours de laquelle il leur arrive les pires mésaventures. On aurait tort – et pourtant, on l’a fait bien souvent – de considérer ces beuveries d’un point de vue caricatural, dénonçant par la même occasion le caractère « puéril » de ces Gaulois braillards – et paillards –, ivrognes invétérés qui, une fois échauffés par l’alcool, se querellent pour des futilités et en viennent aux mains comme de véritables sauvages. Il est exact que les Celtes, insulaires ou continentaux, ont été – et sont toujours – des amateurs de boissons fortes, mais les descriptions qu’on donne de ces « beuveries » sont en réalité des transpositions symboliques d’une réalité vécue. On peut ainsi affirmer que ces festins de Samain, qui se terminent par une ivresse générale, sont avant tout des orgies au sens exact du terme, c’est-à-dire « exaltation collective de l’énergie », cette énergie potentielle qui réside en chaque individu et qui a parfois besoin d’être exprimée par le recours à des rituels plus ou moins magiques. On a tendance à considérer l’orgie comme une manifestation de dégénérescence, voire une chute aberrante dans « l’enfer du vice », dans la débauche la plus totale. Certes, les exemples contemporains d’orgies diverses – « partouzes » sexuelles et autres rave-parties – sont plutôt affligeants par leur médiocrité et leur vulgarité, mais ils témoignent cependant d’une recherche inconsciente, par des moyens discutables, d’un état supérieur auquel aspire tout être humain. Car l’orgie est un rituel sacré dont on a malheureusement oublié le but : dépasser la condition humaine en réveillant toutes les ressources de l’être afin de parvenir au surnaturel, pour ne pas dire au divin. Le festin de Samain, avec ses excès, ses outrances, son ivresse, ramène étroitement à d’antiques traditions qui concernent la Déesse des Commencements, celle que les Gaëls d’Irlande ont souvent appelée Mebdh (Maeve), héroïne de plusieurs récits épiques ou mythologiques (l’un ne va pas sans l’autre) et qui est l’ennemie acharnée des Ulates. En effet, son nom signifie « ivresse », et dans toutes les langues celtiques, la racine du terme définissant l’ivresse est la même que celui qui caractérise le milieu. Être en état d’ivresse, c’est être « au milieu », donc être sur cette frontière indécise qui sépare le monde réel et le monde imaginaire, le visible et l’invisible, la lumière et l’ombre, l’absolu et le relatif, le divin et l’humain. En un sens, les rituels de Samain provoquent le « décrochage » vers ailleurs, et cette constatation rejoint la notion chrétienne de la Communion des Saints célébrée le 1er novembre, date à laquelle les humains sont en contact étroit avec le monde non seulement de Dieu, mais de tous ceux qui siègent à la droite de ce Dieu. Avec ses cortèges de fantômes, Halloween se situe sur la même frontière, mais de façon plus populaire, plus anecdotique. " - Jean MARKALE - (Halloween - Histoire et traditions, 2000) #Halloween #Samhain #Samain #Samonios #Celtes #celtique #tradition #paganisme #spiritualité #Europe

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